Le coût réel d'une rencontre sérieuse : interview d'une conseillère conjugale

Sandrine Aubertin est conseillère conjugale et familiale à Nantes. Elle reçoit depuis quatorze ans des couples et des personnes seules confrontées à des questions de communication, de projet de vie commune et de gestion de l’argent au sein du couple. Elle anime également des ateliers de préparation à la vie à deux pour des futurs concubins ou pacsés. Cet entretien a été recueilli en juin 2026.
Pourquoi l’argent reste un sujet tabou dans les nouvelles relations
La rédaction : Beaucoup de femmes nous disent qu'elles n'osent pas parler d'argent avec un homme qu'elles fréquentent depuis quelques semaines, de peur de paraître intéressées ou de casser la magie. Est-ce un réflexe que vous observez souvent en consultation ?
Sandrine Aubertin : C'est même la norme. L'argent reste, dans notre culture, l'un des trois grands tabous relationnels avec la sexualité et les ex. Les femmes craignent d'être perçues comme calculatrices, les hommes craignent d'être perçus comme radins ou au contraire comme voulant "acheter" la relation. Résultat : personne ne parle, et chacun se fait des suppositions sur les intentions de l'autre.Or ce silence coûte cher. J’ai reçu des couples qui se séparaient après huit ou dix mois non pas à cause d’un désaccord financier grave, mais à cause de l’accumulation de petites frustrations jamais exprimées : celui qui a l’impression de toujours régler l’addition, celle qui se sent jugée parce qu’elle gagne moins. Le problème n’est presque jamais l’argent lui-même. C’est le silence autour de l’argent.
La rédaction : Concrètement, à quel moment de la relation recommandez-vous d'aborder ce sujet pour la première fois ?
Sandrine Aubertin : Dès que la relation prend une régularité claire, en général entre le deuxième et le troisième mois. Pas besoin d'un grand discours solennel : la première étape, ce sont les petites dépenses du quotidien, les restaurants, les sorties, les week-ends. C'est là que les habitudes se prennent, souvent sans en discuter, et qu'elles deviennent ensuite difficiles à remettre en cause.Je recommande une phrase simple, presque anodine : “Comment on fait pour les sorties, ça te va si on partage ?” Cette phrase, dite tôt et avec légèreté, évite d’avoir la conversation bien plus lourde six mois plus tard, quand des habitudes déséquilibrées se sont installées et que l’un des deux se sent lésé.
Pour situer cette étape dans une progression plus large, notre méthode en 30 jours pour une rencontre sérieuse détaille le rythme à privilégier avant de formaliser une relation.
Partage des frais au quotidien : les méthodes qui fonctionnent
La rédaction : Une fois que le sujet est ouvert, quelles méthodes de partage des frais recommandez-vous le plus souvent ?
Sandrine Aubertin : Il n'existe pas une seule bonne méthode, mais trois approches reviennent le plus souvent chez les couples que j'accompagne, et qui fonctionnent bien à condition d'être choisies ensemble et non subies.La première est le partage proportionnel aux revenus : chacun contribue au prorata de ce qu’il gagne, ce qui évite qu’une personne au salaire plus modeste se sente écrasée. La deuxième est l’alternance simple, un coup chacun, qui convient bien quand les revenus sont proches. La troisième, plus structurée, consiste à ouvrir un compte commun alimenté chaque mois par les deux parties pour les dépenses partagées, en gardant chacun un compte personnel pour le reste. C’est cette troisième option que je recommande dès qu’il y a cohabitation, car elle évite les calculs incessants.
La rédaction : Que répondez-vous aux femmes qui craignent de passer pour "calculatrices" en proposant un partage strict ?
Sandrine Aubertin : Je leur retourne la question autrement : est-ce que la transparence est calculatrice, ou est-ce le silence qui l'est ? Un homme mature ne perçoit jamais une discussion claire sur l'argent comme une preuve de calcul. Au contraire, c'est souvent un signal rassurant : cette femme sait ce qu'elle veut, elle communique, elle ne va pas accumuler du ressentiment en silence.Ce sont plutôt les hommes qui fuient toute discussion concrète sur l’argent qui méritent la vigilance. Soit ils ont une vision floue de leurs propres finances, soit ils préfèrent l’ambiguïté parce qu’elle les arrange sur le moment.
Trois signaux qui doivent alerter une femme sur le plan financier :
- Un homme qui évite systématiquement de payer sa part sans jamais le reconnaître ni s’en excuser.
- Un homme qui propose très vite des dépenses communes importantes (voyage coûteux, achat à deux) avant même d’avoir stabilisé la relation.
- Un homme qui refuse catégoriquement toute transparence sur sa situation financière, même une fois la cohabitation évoquée.

PACS, union libre, mariage : ce que chaque statut protège vraiment
La rédaction : Beaucoup de couples s'installent en union libre sans se poser la question du cadre juridique. Est-ce risqué ?
Sandrine Aubertin : C'est le point que je vois le plus mal anticipé. L'union libre, aussi appelée concubinage, n'offre quasiment aucune protection automatique. En cas de séparation, il n'y a pas de prestation compensatoire, pas de droit automatique au logement, et en cas de décès du partenaire, le survivant n'hérite de rien sans testament. Beaucoup de femmes pensent, à tort, que "vivre ensemble depuis longtemps" crée des droits comparables au mariage. Ce n'est pas le cas en France.Le PACS améliore les choses : il encadre l’imposition commune, certains droits sociaux, et une protection minimale en cas de rupture. Mais il reste plus léger que le mariage sur la succession et la protection du logement familial. Le mariage, enfin, offre la protection la plus complète : pension de réversion, droits successoraux automatiques, protection renforcée du logement familial. C’est aussi celui qui implique le plus d’obligations et de formalités en cas de séparation.
Sur le plan des ressources consacrées à l’organisation pratique d’une union une fois la décision prise, le site matrimoinedeparis.com propose un accompagnement pour les femmes qui envisagent une rencontre matrimoniale sérieuse, avec une attention comparable portée à ces questions de statut et de protection juridique.
Tableau récapitulatif des trois statuts et de leur niveau de protection
| Statut | Protection en cas de rupture | Protection en cas de décès | Niveau d’engagement |
|---|---|---|---|
| Union libre | Quasi inexistante, aucune démarche automatique | Aucun droit successoral sans testament | Faible, révocable à tout moment sans formalité |
| PACS | Encadrée, mais plus légère que le mariage | Droits limités, testament recommandé | Intermédiaire, dissolution simplifiée |
| Mariage | Prestation compensatoire possible, procédure encadrée | Droits successoraux automatiques, pension de réversion | Élevé, procédure de divorce requise |
La rédaction : Faut-il donc pousser les couples vers le PACS ou le mariage rapidement ?
Sandrine Aubertin : Non, absolument pas rapidement. Le cadre juridique doit suivre la solidité de la relation, jamais la précéder pour "sécuriser" une histoire encore fragile. Ce que je recommande, c'est simplement l'information : savoir ce que chaque statut protège ou ne protège pas, pour faire un choix éclairé le moment venu, plutôt que de subir un vide juridique par méconnaissance.
Cette prudence rejoint directement les repères évoqués dans notre article sur comment reconnaître un homme prêt à s’engager : la solidité d’une relation se mesure avant tout à la cohérence des actes dans la durée, bien avant toute formalisation juridique.
Cohabitation, dettes et déséquilibres de revenus
La rédaction : Comment gérer une situation où l'un des deux partenaires gagne nettement plus que l'autre, ou porte des dettes antérieures à la relation ?
Sandrine Aubertin : Les déséquilibres de revenus ne posent problème que lorsqu'ils ne sont pas nommés. Un couple où l'un gagne le double de l'autre peut très bien fonctionner avec un partage proportionnel assumé par les deux. Le problème survient quand celui qui gagne moins se sent redevable, ou quand celui qui gagne plus utilise implicitement cet écart comme un levier de pouvoir dans la relation.Pour les dettes antérieures, la règle est simple : elles restent la responsabilité de la personne qui les a contractées, sauf accord explicite et documenté pour les partager. Je recommande fortement de ne jamais s’engager financièrement, ni caution, ni compte joint, pour éponger une dette de l’autre avant d’avoir une relation stable et durable, idéalement formalisée par un PACS ou un mariage.
Points de vigilance avant toute cohabitation financière :
- Vérifier que les habitudes de dépense de chacun sont compatibles, pas seulement les revenus.
- Ne jamais se porter caution ou garant pour un partenaire rencontré depuis moins d’un an.
- Conserver un compte personnel et une autonomie bancaire même en cas de compte commun.
- Documenter par écrit les apports respectifs en cas d’achat immobilier à deux.
- Consulter un notaire avant tout achat commun important, même en union libre.
À retenir : l’autonomie financière n’est pas un manque de confiance. Garder une indépendance bancaire de départ protège les deux partenaires, y compris celui qui gagne le plus. Ce n’est jamais un signe de méfiance envers la relation, mais une précaution de bon sens que toute conseillère conjugale recommande, quelle que soit la solidité du couple.
Parler d’argent sans casser la romance
La rédaction : Comment aborder ces sujets financiers sans donner l'impression de calculer ou de doucher l'enthousiasme du début de relation ?
Sandrine Aubertin : Le ton compte davantage que le contenu. Une conversation sur l'argent amenée avec légèreté, presque en passant ("au fait, comment on fait pour ce week-end ?"), n'a rien de romantiquement destructeur. C'est la solennité excessive, ou au contraire l'accumulation de non-dits jusqu'à l'explosion, qui abîme la relation.Je conseille aussi de ne jamais aborder l’argent au moment d’un conflit ou d’une frustration déjà présente. Mieux vaut choisir un moment neutre, détendu, pour poser les bases. Une bonne pratique consiste à en reparler régulièrement, tous les quelques mois, plutôt que de considérer que “c’est réglé une fois pour toutes” : les situations professionnelles et les besoins évoluent.

La rédaction : Un dernier conseil pour les femmes qui hésitent encore à ouvrir cette conversation avec l'homme qu'elles fréquentent ?
Sandrine Aubertin : Osez la conversation tôt, simplement, sans en faire un test de personnalité. Un homme réellement disponible pour une relation sérieuse accueille ce type d'échange avec sérénité, parfois même avec soulagement, parce que lui non plus n'osait pas l'aborder en premier. Et si la réaction est fuyante, défensive ou moqueuse face à une question posée avec douceur, c'est une information précieuse sur la suite de la relation, bien avant que l'argent ne devienne un problème concret.
Ce qu’il faut retenir avant de construire une vie commune
La rédaction : Si vous deviez résumer en quelques principes ce que toute femme devrait garder à l'esprit avant de s'installer avec un homme rencontré en ligne, quels seraient-ils ?
Sandrine Aubertin : Je retiendrais quatre principes simples, que je répète souvent en consultation. Premièrement, parler d'argent tôt n'est jamais un manque de romantisme, c'est une preuve de maturité relationnelle. Deuxièmement, aucun statut juridique ne remplace le temps : mieux vaut prendre plusieurs mois pour observer la cohérence d'un homme que se précipiter vers un PACS ou un mariage pour "sécuriser" une histoire encore jeune.Troisièmement, l’autonomie financière protège la relation autant que les personnes : un couple où chacun garde une indépendance bancaire minimale traverse mieux les tensions qu’un couple totalement fusionné financièrement dès les premiers mois. Et quatrièmement, la façon dont un homme parle d’argent en dit souvent plus long que ce qu’il possède réellement : la transparence, la capacité à reconnaître un déséquilibre, l’absence de manipulation autour des questions financières sont des indicateurs bien plus fiables que le montant de ses revenus.
La rédaction : Beaucoup de femmes rencontrées en ligne redoutent particulièrement les arnaques sentimentales à caractère financier. Comment faire la différence entre une vraie difficulté passagère et une tentative de manipulation ?
Sandrine Aubertin : C'est une inquiétude légitime, et malheureusement fondée sur des cas réels. Le signal le plus fiable reste la chronologie : une vraie difficulté financière s'accompagne généralement d'une relation déjà installée, avec un historique de confiance construit sur plusieurs mois. Une tentative de manipulation, à l'inverse, survient presque toujours tôt dans la relation, souvent accompagnée d'un sentiment d'urgence artificiel et d'une demande d'argent direct ou déguisée.Ma recommandation est simple et non négociable : ne jamais envoyer d’argent, ni faire d’avance financière, à une personne rencontrée en ligne depuis moins de plusieurs mois, quelle que soit l’histoire racontée, aussi convaincante soit-elle. Un homme sincère ne demandera jamais à une femme de compromettre sa sécurité financière pour prouver son amour.
Pour aller plus loin sur la construction d’une relation solide, notre page dédiée à la rencontre sérieuse et la méthode pour trouver un homme sérieux en 30 jours complètent utilement cet entretien. Pour les couples qui envisagent déjà une union durable, le site or-et-faire-part.fr propose des ressources pratiques sur l’organisation d’un mariage et les décisions financières qui l’accompagnent.
Questions fréquentes
Quand faut-il aborder le sujet de l'argent dans une relation naissante ?
Dès que la relation devient régulière et que des sorties ou projets communs se multiplient, généralement entre le deuxième et le troisième mois. Attendre trop longtemps crée souvent des malentendus sur les attentes de chacun concernant le partage des dépenses.
Comment partager les frais du quotidien sans créer de tension ?
La méthode la plus simple reste le compte commun proportionnel aux revenus de chacun pour les dépenses partagées, ou une alternance équitable pour les sorties. L'essentiel est la transparence : en parler ouvertement évite les non-dits qui s'accumulent.
PACS, union libre ou mariage : quelles différences pour la protection patrimoniale ?
L'union libre n'offre aucune protection juridique automatique. Le PACS encadre certains droits et devoirs sans aller jusqu'au régime matrimonial. Le mariage offre la protection la plus complète, notamment en matière de succession et de logement, mais implique aussi des obligations plus fortes.
Faut-il se méfier d'un homme qui parle très vite de projets financiers communs ?
Pas systématiquement, mais la précipitation mérite toujours d'être questionnée. Un homme sincère accepte d'avancer au rythme de la confiance mutuelle ; s'il insiste pour des engagements financiers rapides sans construire la relation en parallèle, c'est un signal à observer de près.
Comment se protéger avant d'emménager avec un homme rencontré en ligne ?
Prendre le temps de se connaître sur plusieurs mois, garder une autonomie financière de départ, formaliser les accords importants par écrit même de façon simple, et ne jamais renoncer à son indépendance professionnelle sous prétexte d'accélérer la relation.